Concernant le livre dont je t'ai parlé, c'est sans doute
Le football dans nos sociétés, sous titré "Une culture populaire", chez Autrement. C'est pas mal, mais attention c'est pas non plus ultra prenant à lire, c'est plutôt un travail d'universitaires (certains interviennent sur footnostalgie.free.fr), qui regroupe des articles sur plusieurs thèmes (autour de l'identité notamment, articles sur le foot corse, le foot nordiste, le foot sochalien ; autour de la politique avec les liens entre le Real et Franco, etc., etc.). Certains articles sont carrément décevants, d'autres font un travail sociologique très estimable. Bref un bon bouquin, mais on a parfois du mal à comprendre si le but est de faire de l'histoire des mentalités, de l'histoire du foot, de l'histoire par le biais du foot. Faut dire que les plumes ne sont pas toutes des pointures, loin de là.
Le bouquin d'Hopcraft a le mérite d'être vraiment un bouquin sur le foot, qui ne s'en tient pas à l'accumulation factuelle assez inintéressante dont tant de livres ou sites se contentent (style footnos), et qui est un document d'époque, en tant que tel aussi passionnant à consulter que les articles de fond de la presse d'époque (ce que j'avais essayé de faire sur FCNhisto), dont une partie du livre est d'ailleurs tirée.
Le problème est qu'en français, il y a peu de livres intéressants sur le foot. Petit test : tapons "football" sur amazon.fr (je précise bien : .fr). Résultats : 1606 livres en français, 17 068 livres en anglais. En fait, passé les bouquins techniques et les grosses merdes habituelles (l'année du foot, le livre d'or du foot, etc.) il n'y a rien. En anglais il y a des joyaux. Même les biographies et autobiographies de joueurs sont souvent largement lisibles et même parfois très tentantes. Par exemple j'ai été fort alléché dernièrement par
Jack and Bobby: a Story of Brothers in Conflict, de Leo McKinstry, sur les frères Charlton. Mais je pense me procurer auparavant deux classiques que je n'ai pas encore lus :
Behind the Curtain, de Jonathan Wilson, sur le foot est-européen pendant la guerre froide, et
Football Against the Enemy, de Simon Kuper (qui a également publié un bouquin sur l'Ajax), consacré à l'utilisation du football dans les contextes dictatoriaux. Il y a aussi un paquet de bouquins qui ont l'air sérieux sur l'histoire de certains footballs nationaux, avec des titres assez parlants (
Tor!,
Calcio,
Futebol,
Morbo).
Le fait est donc que tu ne trouveras jamais en français autant de bons bouquins sur le foot.
Néanmoins, j'ai récemment commencé (et pas encore terminé, il est perdu sous ma pile de lectures du moment)
Voyage au bout des seize mètres, traduit du hongrois chez Christian Bourgois. L'auteur est Péter Esterhazy, grand écrivain magyar, qui a publié ce bouquin à la demande d'un éditeur allemand à l'occasion du Mondial 2006. Je craignais un truc trop intello-lettreux sur le foot, et j'ai été agréablement surpris. Esterhazy est un vrai footeux ("Position de base, j'ai été footballeur avant de devenir écrivain."), on sent l'amoureux du jeu, qui parle de la Hongrie de 54 sans non plus faire dans le scolaire ou le didactique, et qui surtout ne rejette pas le chauvinisme et la partialité sans lesquels le foot n'est plus le foot. Il parle aussi un peu de son frère Marton, professionnel au Honved puis en Grèce (AEK et Panathinaikos), qui participa au bref renouveau de la Hongrie avec le Mondial 1986, en compagnie de Jozsef Kiprich, Lajos Détari et du jeune Kalman Kovacs (qui joua longtemps à Auxerre). Vraiment un excellent bouquin.
Dans ma bibliothèque il y a un bouquin qui occupe une place toujours accessible, c'est un regroupement de divers articles sportifs de Pasolini, intitulé
Les Terrains, publié en poche chez un petit éditeur. Pasolini qui adorait le foot (et ne cachait pas que son attirance pour la virilité naissante des jeunes ephèbes n'y était pas pour rien, cf.
Actes impurs) a contribué aux rubriques sportives de plusieurs journaux avec un regard très aiguisé sur les événements en cours (comme les J.O. de 1960), et notamment concernant le foot, dont il connaissait très bien le jeu (lui-même bon amateur et supporter de Bologne, admirateur de Rivera et surtout Mazzola). Et ses articles sur le foot sont parfois magnifiques, notamment "Le football est un langage avec ses poètes et prosateurs". Ah, si Arribas et Pasolini avaient pu se rencontrer, ça aurait donné un sacré dialogue...
Sinon, le foot a pas mal nourri la fiction, et la nourrit toujours. Par contre là encore la supériorité anglo-saxonne est manifeste. Il y a les classiques :
Fever Pitch de Hornby (
Carton jaune), que tout le monde connaît, certes plaisant mais à mon sens un peu surfait, enfin bref à lire quand même. Et
The Football Factory de John King, mais est-ce encore un bouquin sur le foot ? En Allemagne Handke avait écrit
L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, en 1970, dont je n'ai jamais vu l'adaptation au cinéma par Wenders : je ne peux pas dire que le roman soit un chef d'œuvre, même si on pressent très bien le potentiel à l'image. De toute façon le football n'y est plus qu'un personnage mineur, même pas secondaire...
Dans les bouquins que je n'ai pas encore lu il y en a un que j'oublie toujours de me procurer depuis bien deux ans :
La guerre du foot de Kapuscinski, publié depuis en poche sous un autre titre. Mais le titre est trompeur : seule une petite partie du livre est consacrée à la fameuse guerre du foot entre le Honduras et le Salvador en 1969, c'est un livre qui regroupe des chroniques sur les drames du Tiers-Monde... Sinon, j'ai acheté
The Damned Utd. de David Peace, et je ne vais pas tarder à le lire : ce roman fait un joli carton outre-Manche, qui devrait à mon avis justifier une traduction dans les temps qui viennent. Basé sur les 44 jours (seulement) du passage de Brian Clough à la tête de Leeds United en 1974, il s'agit bien d'un ouvrage de fiction, qui fait de Brian Clough (l'une des figures les plus particulières du foot anglais, qui connut ensuit la consécration et la chute avec Forest) le narrateur.
J'allais oublier "le" roman français sur le foot, de l'écrivain français auquel on fait systématiquement appel quand on veut parler de foot avec un ton un peu intello. Je veux bien sûr parler de
Jouer juste, de Bégaudeau. Le problème est que
Jouer juste est un navet sans intérêt (mais amusant pour le supporter nantais qui y croise Marama, Viorel et autres prénoms familiers), qui fleure bon le mec qui veut faire l'intello du foot mais dont on sent bien qu'il n'a finalement pas pigé grand-chose (tout le contraire de Pasolini, d'Esterhazy, de Hornby, bref, ceux quie j'ai cités). Point positif : ça se lit en un quart d'heure. Faut quand même admettre que Bégaudeau est un scribouillard laborieux largement surfait. À côté, Nothomb mérite quasiment le Nobel...
Voilà, c'est tout ce à quoi j'ai pensé pour le moment. Faudrait que je pense à devenir critique littéraire un de ces jours.